Partage Facebook
Partage Twitter
Partager par email
Imprimer
Relief

Relief

Éditeur : NOROIT
ISBN : 9782890187252
Résumé : «J’ai écrit ce texte à Paris à l’automne 2007, pendant la première moitié de mon année complète dans la capitale française. Je me souviens des levers dans mon petit appartement du 19e arrondissement, sur la rue de Crimée, où il n’y avait pas de fenêtres, que des velux (ou ce qu’ici on appelle “puits de lumière”). Mais je possédais sur l’étage une petite pièce à part, avec fenêtre sur la cour intérieure, que j’appelais pour rire mon cabinet : c’est là, dans cette pièce rudimentaire, mal chauffée et qui sentait beaucoup l’humidité, que j’ai écrit l’essentiel de Relief, en commençant très tôt souvent (5, 6h le matin). Après quelques heures d’écriture, j’allais prendre l’air dans les Buttes Chaumont juste à côté, où j’observais aux feuillages le changement de saison : certaines frondaisons viraient à l’automne au jaune or très vif, et je m’en suis inspiré pour décrire, dans le troisième chapitre de Relief, la ramure automnale d’un mélèze laricin, un des seuls conifères qui perde son feuillage à l’automne. Je descendais aussi souvent du côté du canal et du bassin de la Villette – et là encore, la texture huileuse, quasi plastique de l’eau, m’a induit certaines descriptions de rivière du deuxième chapitre.

Le titre de travail était d’abord Faux plat : c’est ce rapport, entre platitude et relief, que je voulais en premier lieu explorer. Comment, dans la géographie des plateaux où j’ai grandi en Gaspésie, les villages et les rangs sont sis sur des surfaces si planes et si larges qu’on en oublie qu’on se trouve au-dessus des montagnes, sauf à certains endroits précis où le relief s’apparaît dans le vertige : sur certains promontoires qui offrent des points de vue sur les rivières serpentant en contrebas, et aussi dans les coulées (ou ce que moi j’appelle tel, sans être certain de l’usage courant), c’est-à-dire dans les ravins abrupts et étroits qu’il faut traverser pour passer d’un plateau à un autre. Dès le départ, il a été décidé d’écarter l’autobiographie ou même la topographie au sens strict d’écriture d’un lieu précis : c’est à partir de cette seule abstraction de relief, ainsi que dans une certaine atmosphère d’illusion noire, qu’il me faudrait travailler.

J’avais en tête deux histoires de mort sur ces plateaux, lesquelles s’étaient lentement superposées en moi. Un homme ayant caché sa maladie du coeur, un jour roule en pick-up dans une coulée et, pris de malaise, s’arrête pour s’humecter le front dans la rivière, tombe là raide mort, le visage à l’eau, sûrement noyé. Un autre homme, pris du coeur aussi, l’avait pareillement caché à sa femme, et avait empilé dans la remise, sachant qu’il allait mourir, des cordes et des cordes de bois de chauffage, pour que sa veuve ne manque pas. Ces récits ne m’intéressaient pas comme témoignages (le premier est d’ailleurs très ancien, sa vérité très incertaine), mais par ce qu’ils révélaient du pays, de ses hommes et femmes : dans La Bête lumineuse de Pierre Perrault, il y a un homme comme ça, un père qui sait câler l’orignal dans un cornet d’écorce, mais ne parle presque pas, semble une figure de pur silence. Quand on remonte les racines du pays – et c’est ce que je voulais faire avec Relief : pas le pays au sens national, mais le pays au sens mythique, mironien et paysager -, on trouve ces figures d’hommes muets, qui cachent leur mal, et révèlent par leur mutisme la souffrance du pays lui-même, de ses chemins, de ses coupes, de ses villages gagnés sur la forêt, mais qui portent en eux-mêmes leur propre destruction, leur propre défondation.» - Mahigan Lepage
 
22,35 €
Ajouter au
panier
Commande possible, nous contacter : libraires@librairieduquebec.fr
Livraison
6 € en France
0,01 € pour plus de 70 € d'achat

Vous pourriez aimer ...